23 janvier 2026

L’éducation des filles face aux crises : une urgence collective

Par Lucy Philpott, conseillère en éducation à l’EUMC

Chaque année, la Journée internationale de l’éducation est l’occasion de réfléchir non seulement au pouvoir de l’éducation, mais aussi à notre responsabilité collective de la protéger. Or, cette réflexion s’inscrit aujourd’hui dans un contexte de crise croissante. Partout dans le monde, les systèmes éducatifs subissent les effets combinés de conflits prolongés, de déplacements forcés, de chocs climatiques et de coupes majeures dans le financement mondial, mettant en péril des avancées durement acquises.

Pour celles et ceux d’entre nous qui travaillent dans le développement international, l’éducation n’est pas un idéal abstrait, c’est un engagement quotidien. Elle se construit dans des salles de classe sans murs, au sein de communautés déplacées par les conflits, et aux côtés de filles dont la détermination à apprendre persiste malgré les obstacles. À un moment où des millions d’enfants risquent d’être durablement exclus de l’apprentissage, la situation exige une action urgente et soutenue.

Dans le cadre de mon travail à l’EUMC, je considère l’éducation comme bien plus que des salles de classe, des programmes ou des résultats aux examens. Il s’agit de permettre aux enfants et aux jeunes personnes de se sentir à leur place, en sécurité, valorisés et capables de s’épanouir, même dans les contextes les plus difficiles. Lorsque les systèmes éducatifs échouent à offrir sécurité et sentiment d’appartenance, l’apprentissage en souffre et les jeunes deviennent plus vulnérables à l’exclusion et aux préjudices. L’éducation ne peut réellement réussir que lorsqu’elle protège la dignité et crée un espace où chaque étudiante et étudiant peut réaliser son plein potentiel.

Un monde où les filles sont laissées pour compte

Dans les contextes de crise, les filles sont 2,5 fois plus susceptibles d’être non scolarisées. Lorsque leur parcours éducatif est interrompu, elles font face à des risques accrus de mariage précoce, de violence fondée sur le genre et de pauvreté à long terme. Ces répercussions dépassent largement la personne concernée : elles se propagent au sein des familles et des communautés, influençant la santé, la sécurité économique et les résultats scolaires des générations futures. En l’absence d’espaces d’apprentissage sûrs et inclusifs, de nombreuses filles perdent aussi la possibilité de se percevoir comme des étudiantes, des leaders et des actrices du changement.

Ce que l’éducation rend possible pour les filles

Lorsque les filles peuvent accéder à l’éducation et y poursuivre leur parcours, les effets vont bien au-delà de la réussite scolaire individuelle. Les filles scolarisées sont plus susceptibles d’être en meilleure santé, de gagner en autonomie économique et de jouer un rôle actif au sein de leur communauté. Elles sont également mieux préparées à faire face aux risques, à faire valoir leurs droits et à contribuer au bien-être collectif.

De manière essentielle, l’éducation leur offre un espace où leur parole est reconnue, où elles sont protégées et où elles peuvent renforcer leur confiance et nourrir leurs aspirations.

Pour que l’éducation permette réellement aux filles de s’épanouir, elle ne peut se limiter à l’accès à l’école. Les filles ont besoin de milieux d’apprentissage sûrs, inclusifs et bienveillants, qui favorisent leur participation et soutiennent le développement de leur potentiel. Pour y parvenir, une mobilisation à tous les niveaux est indispensable. Les familles et les communautés doivent reconnaître la valeur de l’éducation des filles et la protéger. Le personnel enseignant doit créer des environnements où les filles peuvent participer pleinement et exercer un leadership. Les gouvernements doivent, pour leur part, faire de l’éducation une priorité, la financer adéquatement et l’inscrire dans des stratégies à long terme en faveur de la paix, de l’égalité et du développement. L’expérience montre que les filles ne tirent pleinement profit de l’éducation que lorsque l’ensemble de ces conditions sont réunies.

Apprendre malgré tout au Soudan du Sud

Nulle part ailleurs l’urgence n’est aussi manifeste qu’au Soudan du Sud. Des décennies de conflit et d’insécurité ont exercé une pression considérable sur le système éducatif. Près de trois millions d’enfants, soit 70 % des enfants en âge scolaire, ne sont pas scolarisés, et les filles y font face à certains des obstacles à l’éducation les plus importants au monde.

Notre travail au Soudan du Sud repose sur une conviction claire : pour protéger les filles et leur permettre de s’épanouir, l’éducation doit être sûre, inclusive et adaptée aux réalités locales. Dans un contexte où tant de filles sont exclues de l’école en raison de la pauvreté, de l’insécurité et de normes sociales néfastes, il est essentiel de s’attaquer aux obstacles qui les empêchent de rester à l’école, qui entravent leurs apprentissages une fois sur place et qui limitent leur capacité à envisager un avenir différent.

Nous soutenons les filles afin qu’elles puissent exercer un réel pouvoir décisionnel sur les aspects qui touchent à leur éducation, à leur santé et à leur avenir, notamment grâce au renforcement de l’éducation complète à la sexualité. Nous mettons en place des parcours offrant des possibilités d’apprentissage de rattrapage pour celles qui ont été contraintes d’abandonner l’école. Nous travaillons avec le personnel enseignant pour créer des environnements d’apprentissage protecteurs, inclusifs et favorables à la participation et au leadership des filles. Au-delà de la salle de classe, nous collaborons avec les communautés et les gouvernements pour renforcer des politiques et des normes favorables à l’égalité de genre et pour veiller à ce que les approches efficaces puissent être maintenues et déployées à plus grande échelle, afin que les progrès réalisés pour les filles soient durables et véritablement transformateurs.

De manière essentielle, ce travail est mené aux côtés de partenaires locaux et de personnes éducatrices, dont l’expertise et le leadership sont au cœur de la construction de systèmes éducatifs résilients. Ensemble, nous œuvrons pour que l’éducation au Soudan du Sud soit non seulement accessible, mais aussi porteuse de sens, en créant les conditions nécessaires pour que les filles et les jeunes personnes puissent apprendre, participer et commencer à s’épanouir, même face à des défis persistants.

Appel à l’action

Dans les contextes marqués par les conflits, les déplacements et l’instabilité économique, l’éducation des filles est souvent le premier service à être perturbé et le dernier à être rétabli. Cette situation n’a rien d’inévitable. Elle découle de choix politiques et de décisions en matière de financement. En cette Journée internationale de l’éducation, nous appelons les gouvernements, les bailleurs de fonds et les institutions à agir de manière déterminée et à investir dans l’éducation des filles là où elle est le plus menacée.

L’éducation n’est pas seulement un droit fondamental. Elle est indispensable à la cohésion sociale, à la participation économique et à la stabilité à long terme. Lorsque les filles sont exclues, les conséquences dépassent largement le cadre scolaire. La véritable question n’est pas de savoir si nous pouvons nous permettre d’investir dans l’éducation des filles, mais si nous pouvons nous permettre de ne pas le faire. Soutenir l’éducation là où elle est le plus à risque, c’est contribuer à faire en sorte qu’aucune fille ne soit laissée pour compte.

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