Les transferts monétaires et la scolarisation des filles : ce que révèlent les données du Mali
Pour beaucoup de filles au Mali, le rêve d’une éducation reste fragile.
Dans les régions centrales du Mali — Mopti, Bandiagara et Ségou —, les conflits, l’instabilité économique et les normes de genre profondément ancrées empêchent souvent les filles de rester à l’école. Bien que les taux de scolarisation nationaux se soient améliorés, le passage de l’école primaire à l’école secondaire reste un défi majeur : 80 % des filles ne terminent pas leurs études secondaires.
Les pressions financières, les responsabilités domestiques ou le mariage précoce poussent de nombreuses filles à abandonner leurs études à ce stade critique de leur parcours scolaire.
Grâce à un financement d’Affaires mondiales Canada, l’EUMC a mis en œuvre un programme d’appui à l’éducation des filles au Mali pour contribuer à relever ces défis. Au cours des cinq dernières années, le Projet d’Appui à la Scolarisation des Filles au Mali a visé à réduire les obstacles à l’éducation des filles dans les régions touchées par le conflit en fournissant un soutien financier, en améliorant les environnements scolaires et en mobilisant les communautés pour maintenir les filles à l’école.
Le programme se concentre sur les dernières années du primaire, période durant laquelle les filles sont les plus vulnérables au décrochage, et adopte une approche intégrée et sensible aux conflits. En soutenant à la fois les filles, les familles, les communautés et les écoles, le programme contribue à rendre la poursuite de l’éducation réellement accessible.
Une évaluation récente a fourni des leçons importantes sur le volet « transferts monétaires conditionnels » (TMC) du programme : ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, et ce qui est réellement nécessaire pour faciliter l’accès des filles à l’éducation.

Remise de transferts monétaires aux mères participantes, en présence de l’adjoint au maire de Boidié et de Soungola, dans la région de Ségou, au Mali.
L’importance des transferts monétaires
Pour de nombreuses familles, le droit à l’éducation se trouve limité par des contraintes financières.
Même lorsque l’enseignement est gratuit, les frais liés aux fournitures, au transport, aux uniformes, au soutien scolaire et aux dépenses quotidiennes s’accumulent rapidement. Parallèlement, on demande souvent aux filles d’assumer les tâches ménagères, de participer à des activités génératrices de revenus ou de se préparer au mariage.
Les transferts monétaires du programme ont visé à alléger cette pression en apportant un soutien financier régulier aux ménages vulnérables, via les femmes, afin de permettre aux familles de prioriser l’éducation de leurs filles.
Comme l’explique une mère de famille :
« L’argent fourni par le programme pour l’éducation des filles nous a beaucoup aidé. Nous pouvons payer leurs frais de scolarité, leur donner de l’argent de poche pour la récréation, leur acheter des chaussures et d’autres produits essentiels. Nous arrivons même à économiser un peu pour acheter des chèvres. » – Fatoumata, une mère.
Mais le soutien financier seul ne suffit pas. Ce qui compte davantage, c’est l’impact de ce soutien sur les décisions, la confiance et les opportunités.
Conclusions de l’évaluation
Les résultats étaient à la fois encourageants et nuancés.
1. Les transferts monétaires modifient les comportements des ménages
Les familles bénéficiant de transferts monétaires ont davantage investi dans l’éducation de leurs filles, notamment dans le soutien scolaire et le l’accompagnement après l’école.
L’éducation des filles est devenue un investissement.
Cependant, l’impact n’était pas le même pour tous les ménages. Les familles plus petites et celles dont le niveau d’alphabétisation était plus élevé parvenaient souvent mieux à transformer ce soutien financier en résultats éducatifs plus concrets.
Cela met en évidence une leçon importante : les familles les plus vulnérables peuvent avoir besoin d’une approche adaptée, au-delà du soutien financier. « Aujourd’hui, nous avons compris l’importance de l’éducation des filles. Lorsqu’elles réussissent, elles peuvent devenir un véritable soutien pour leurs parents. » – Ouou, une mère.
2. La confiance : la première grande victoire
L’un des constats les plus marquants ne concernait pas les notes, mais la confiance en soi.
- 95 % des filles ont déclaré avoir confiance en leur capacité à réussir.
- La moitié d’entre elles ont directement attribué cette confiance aux transferts monétaires.
- Les parents ont indiqué que les filles étaient plus motivées, impliquées et engagées dans leurs études.
Pour de nombreuses filles, le soutien financier a apporté à la fois de la stabilité et de nouvelles perspectives.

Aminata L. Ballayira, une élève originaire du village de Soungoula, écrit au tableau.
« Avant, je vivais dans mon village où l’école s’arrêtait en 6e année, ce qui m’a obligé à arrêter mes études. L’école s’arrêtait à la 6e année pour tout le monde, sans aucune possibilité de poursuivre. Grâce au programme, mes parents ont été sensibilisés à l’importance de l’éducation, ce qui m’a permis de retourner à l’école. Pour poursuivre nos études secondaires, nous avons dû déménager à Boidi. Nos parents ont accepté de louer une maison ici pour que nous puissions continuer. » – Aminata, une adolescente.
Les transferts monétaires peuvent faire plus que lever les obstacles financiers : ils peuvent aussi aider les filles à croire en leur avenir.
3. L’accès s’améliore, mais l’apprentissage demande plus
Malgré ces résultats encourageants, l’évaluation n’a révélé aucune différence significative dans les taux de scolarisation ou de rétention entre les filles qui ont reçu un transfert monétaire et celles qui n’en ont pas reçu, ni de lien direct clair entre ces transferts et l’amélioration des résultats en alphabétisation.
Ceci met en évidence un constat essentiel : le soutien financier ne suffit pas à répondre aux défis liés à la qualité de l’enseignement et des environnements d’apprentissage, ni aux limites posées par les normes sociales.
C’est en combinant le soutien financier avec l’engagement communautaire et un soutien scolaire renforcé qu’il devient possible de générer des résultats concrets.
Pour certaines filles, cette approche combinée a changé la donne. « Mes parents avaient arrangé mon mariage, ce qui a mis fin à mes études. Grâce au programme, mes enseignant· e· s ont pris le temps d’en parler à mes parents, qui ont compris la situation. Ils ont ensuite parlé à mes futurs beaux-parents, qui ont aussi accepté. Aujourd’hui, je poursuis mes études. Une fois mes études terminées, je veux devenir médecin pour soigner les habitant· e· s de mon village. » – Aoua, adolescente.

Aoua, une élève originaire du village de Kamba dans la région de Ségou, Mali, qui a reçu un transfert monétaire.
Les facteurs de réussite
L’évaluation a également illustré l’importance de la façon dont le programme est mis en œuvre :
- Un ciblage mené par la communauté a instauré la confiance et la légitimité.
- Une coordination étroite entre l’EUMC, les partenaires locaux et les agents de paiement a amélioré l’efficacité, la rapidité et la transparence de la distribution.
- Une communication claire a tenu les familles informées et les a engagées.
Les défis qui subsistent
- La demande dépasse toujours l’offre, laissant de nombreuses familles vulnérables sans aide.
- Les frais de déplacement et le faible niveau d’alphabétisation compliquent l’accès aux paiements pour certains ménages.
- Les mécanismes formels de retour d’information restent limités, et toutes les voix ne sont pas entendues.
Ces lacunes montrent que l’amélioration de l’éducation des filles nécessite un investissement à long terme et à grande échelle.
La principale leçon : les transferts monétaires sont un point de départ
Les transferts monétaires sont un outil puissant.
Ils réduisent les obstacles financiers immédiats, renforcent la motivation et la confiance, et permettent aux familles d’accorder plus de priorité à l’éducation des filles.
Mais ils ne suffisent pas à eux seuls.
Soutenir l’éducation des filles nécessite une approche plus systémique et intégrée, combinant un appui financier avec des environnements d’apprentissage de qualité, des communautés engagées et un soutien familial durable.
Quand les filles restent à l’école, l’éducation n’est qu’un des bénéfices : elles gagnent aussi des choix, de la confiance et le pouvoir de construire leur avenir.
Pour en savoir plus, consultez l’évaluation complète ou son résumé, et soutenez notre travail pour que davantage de filles puissent accéder à l’éducation qu’elles méritent.