A young woman
Hope for the Future: International Day of the Girl 2022

Prêcher par l’exemple : l’espoir d’une jeune femme en l’avenir en inspire plusieurs

Par : Mercy Ndunge Mwanzia, agente de liaison en communication, projet DREEM, EUMC

Le 11 octobre est une journée commémorée dans le monde entier dans le but de mettre en lumière les obstacles qui se dressent devant les filles tout en reconnaissant le pouvoir qu’elles ont de façonner leur propre avenir. Bien qu’il existe de nombreuses façons pour la communauté internationale de soutenir les filles à récupérer leur pouvoir, l’un des moyens les plus efficaces est de créer un espace où elles peuvent se soutenir entre elles. En l’honneur du 10e anniversaire de la Journée internationale de la fille, l’EUMC célèbre toutes les jeunes femmes du monde qui encouragent les jeunes filles de leur communauté à libérer leur plein potentiel.

Andhira Kara constate chaque jour les effets transformateurs de la solidarité entre filles grâce à son rôle de coordonnatrice du programme de bourses pour le projet DREEM (Displaced and Refugee youth Enabling Environment Mechanism) de l’EUMC au Kenya. Dans le cadre de son travail, elle sensibilise les filles aux nombreuses possibilités qui s’offrent à elles de poursuivre leur éducation et les incite à poser leur candidature. Cela dit, son parcours en faveur de l’autonomisation des filles n’a pas commencé ici. 

Andhira est une réfugiée du Soudan qui consacre sa carrière à aider d’autres filles et jeunes femmes déplacées.

« Je me considère comme une fille qui veut faire de sa communauté un endroit meilleur. Je suis donc une mentore et une source d’inspiration pour les autres et je travaille fort pour redonner à la communauté à laquelle j’appartiens, tout en tentant d’identifier quels sont les enjeux et comment je peux faire ma part. »

Andhira a travaillé avec des communautés réfugiées à divers titres, notamment dans le cadre de projets de subsistance et d’éducation et de recherches pionnières menées par des personnes réfugiées. Elle a travaillé avec l’Union africaine au sein du département des affaires de l’enfance, qui contrôle la manière dont les différents pays africains conçoivent et mettent en œuvre leurs chartes et politiques de protection de l’enfance. Andhira fait également du bénévolat dans sa communauté en effectuant des travaux de consolidation de la paix et en organisant des séances de mentorat lorsque les écoles secondaires sont fermées, ce qui aident les jeunes filles et garçons de sa communauté, tant à Nakuru que dans le camp de personnes réfugiées de Kakuma. Andhira est titulaire d’un baccalauréat en études internationales de l’Université de Nairobi et d’une maîtrise en sciences (MSc) en Afrique et développement international de l’Université d’Édimbourg au Royaume-Uni.

Le succès d’Andhira est dû à sa détermination à surmonter les divers obstacles auxquels elle a été confrontée en tant que jeune femme et réfugiée. Née au Soudan, elle a été contrainte de fuir au Kenya au début des années 2000, à l’âge de huit ans, en raison de la guerre. Elle a d’abord résidé à Lokichoggio, une petite ville du nord-ouest du Kenya, près de la frontière entre le Kenya et le Soudan du Sud. Elle et sa famille ont ensuite été relogées dans le camp de personnes réfugiées de Kakuma.

Lorsqu’on lui demande à quoi ressemble la vie au camp, elle la décrit en un mot : espoir.

« Vivre à Kakuma n’est sans doute pas considéré comme l’environnement idéal pour une enfant, mais pour moi, arriver à Kakuma était synonyme d’espoir. Il s’agissait d’une seconde chance de me concentrer sur ma vie et de me construire un avenir meilleur. Cela voulait dire se réveiller sans avoir peur des bombardements. Au Soudan, nous avions l’habitude d’aller nous cacher plusieurs fois par semaine dans les montagnes parce que nous avions peur qu’il y ait une attaque dans le village, mais ce n’était pas le cas à Kakuma. Pour certains enfants du camp, entendre le bruit des avions était terrifiant compte tenu du traumatisme qu’ils avaient subi au Soudan. »

Andhira se souvient d’avoir aimé pouvoir jouer à des jeux classiques et rencontrer d’autres enfants de divers pays dans le camp. C’était différent de ce qu’elle avait connu auparavant.

« Quand j’étais petite, nous jouions avec des munitions et nous faisions des imitations de soldats avec de la boue. Nous dessinions par exemple des bandes dessinées qui avaient différentes connotations de soldats portant les diverses armes que nous connaissions. Je connais tant de types d’armes; malheureusement, je sais même comment en utiliser quelques-unes. Nous devions être en mesure de nous protéger. »

Jouer à des jeux normaux était pour elle une façon de recouvrer sa santé mentale et de surmonter le traumatisme qu’elle avait vécu alors qu’elle était enfant au Soudan.

En arrivant dans son nouveau chez-soi, Andhira a pu poursuivre ses études, et ce, malgré un obstacle énorme : la croyance répandue dans sa communauté selon laquelle les filles ne doivent pas aller à l’école. Aujourd’hui, certains pensent toujours que les filles n’ont pas leur place sur les bancs d’école et présument qu’elles tomberont enceintes à l’adolescence ou alors qu’elles seront mariées. Sa mère a fait face à des pressions de la part de sa communauté parce qu’elle permettait à Andhira et à ses trois sœurs de faire des études.

« Faire face à de telles perceptions et valeurs communautaires en ce qui concerne les filles était toxique. Je devais prouver que l’éducation était une chose positive et je devais donc travailler extrêmement dur à l’école pour obtenir d’excellents résultats. »

Andhira était une élève très performante et son corps enseignant s’est battu pour qu’elle reste à l’école. Ils faisaient un suivi avec elle chaque fois qu’elle manquait un cours pour en connaître la raison. Le soutien des enseignantes et des enseignants a été crucial pour qu’elle reste inscrite à l’école.

Peu d’efforts étaient faits pour prendre en compte les besoins spécifiques des filles en classe, il s’agit d’une autre difficulté qu’Andhira a dû vaincre. Par exemple, plusieurs filles souffraient de la pauvreté des règles. En raison du coût élevé des produits d’hygiène et du soutien limité de la famille et de la communauté, les filles n’avaient pas l’option d’obtenir des conseils et de l’aide en lien avec leur santé menstruelle. En fait, les discussions portant sur la santé sexuelle et reproductive des filles étaient pratiquement taboues, ce qui aggravait leur situation. Aujourd’hui, de grands progrès ont été réalisés pour que les écoles deviennent des lieux sûrs et accueillants pour les filles et les garçons dans les camps, notamment grâce à l’éducation à la santé menstruelle et à la séparation des toilettes pour les garçons et les filles. Cependant, lorsqu’Andhira allait à l’école, les toilettes pour les garçons et les filles n’étaient pas distinctes.

En outre, l’encombrement des classes signifiait qu’il n’y avait pas de séances individuelles avec les enseignantes et les enseignants pour les filles ou les garçons, à moins d’être élève modèle et de faire partie des cinq premières et premiers de la classe. Il était ardu pour les jeunes qui avaient réellement besoin de ce soutien individuel d’obtenir l’attention nécessaire de la part du corps enseignant en cas de difficultés à comprendre les notions.

« Malgré tous ces défis, ce qui m’a permis de continuer, c’est l’espoir en l’avenir. Je savais qu’il devait y avoir une issue et à mes yeux, l’issue était le fait d’avoir accès à l’éducation. »

Andhira avait entendu dire que l’éducation mène au succès. Pour elle, cela signifiait un avenir différent et c’est ce qui lui a donné la force de tenir bon et la motivation de réussir. Elle était convaincue que les choses s’amélioreraient pour elle et sa communauté si elle bénéficiait d’une éducation.

« L’éducation des filles est synonyme de réussite pour la communauté. Redonner aux filles est très facile et naturel. Le fait d’avoir des filles autonomes, capables de défendre leurs droits et de décider de leur avenir est essentiel pour changer les perceptions et les valeurs malsaines de la communauté. »

Voilà l’une des raisons pour lesquelles Andhira défend avec passion l’éducation des filles. Pour elle, des filles éduquées sont synonymes de paix. Une paix qui profitera aux sociétés des communautés dont elle est issue. Elle croit fermement que les filles se soucient naturellement de leur communauté et peuvent avoir une influence positive en période de conflit. Selon elle, les filles sont très actives dans la construction de la paix, mais leurs contributions ne sont pas reconnues. Donner aux filles la possibilité d’aller à l’école est extrêmement bénéfique pour tout le monde.

La persévérance, la foi et l’espoir en l’avenir d’Andhira ont porté leurs fruits lorsqu’elle a obtenu une bourse d’études dans le cadre du programme de bourses de la fondation Mastercard pour poursuivre sa maîtrise à l’université d’Édimbourg. Le fait qu’elle ait accès à une telle possibilité était incroyable pour elle. Elle a d’abord pensé qu’il s’agissait d’une erreur, puis il lui a fallu cinq jours pour se convaincre que le courriel était bien réel. Elle raconte qu’il y avait tellement de candidatures que lorsqu’elle a été sélectionnée, ce fut bouleversant.

« Pour moi, il ne s’agissait pas seulement de partir à l’étranger ou d’obtenir une maîtrise, mais surtout de voir à quel point cela allait changer la vie de nombreuses filles qui me connaissaient et m’avaient vu grandir. Il n’y avait pas que les filles de l’école, mais aussi les femmes qui m’avaient vu évoluer dans la communauté et qui avaient elles-mêmes des filles. Ce projet allait avoir une influence considérable. »

Bien qu’elle ait éprouvé toute une gamme d’émotions, cette nouvelle possibilité a servi à renforcer sa conviction qu’il y avait de l’espoir en l’avenir. 

La réussite d’Andhira a également profité à d’autres membres de sa communauté. En apprenant la nouvelle, sa mère était très fière. Elle avait vu ses filles travailler si dur à l’école.

« Je sais que tu es une fille qui travaille fort et c’est pourquoi tu as réussi. J’ignore comment tu arrives à obtenir de telles opportunités étant donné que je ne suis jamais allée à l’école et que je n’ai pas pu t’aider à postuler. Je sais que l’avenir n’est pas seulement brillant pour nous, mais pour toute la communauté. Tu fais tout cela pour les millions d’autres filles qui n’ont pas pu échapper au conflit. Tu représentes l’espoir pour elles et tu as la responsabilité de prendre soin des autres également. »

Avec le soutien de l’équipe du programme de bourses de la Fondation Mastercard et de ses nouveaux ami-e-s, Andhira a terminé sa maîtrise en Afrique et développement international et a obtenu son diplôme en 2020, tout en s’accrochant aux paroles de sa mère et en assumant la responsabilité d’obtenir sa maîtrise non seulement pour elle, mais aussi pour toute la communauté. L’une des raisons qui l’ont attirée vers cette formation était les thèmes du déplacement et du développement, ayant travaillé dans les secteurs du développement et de l’humanitaire. Il s’agissait d’une étape importante en vue d’approfondir ses connaissances et ses compétences dans ces domaines. 

Pour la plupart des personnes réfugiées, la réinstallation dans un autre pays leur donne l’espoir d’une vie meilleure et d’un avenir loin des camps de personnes réfugiées. Andhira s’est vu offrir un emploi lucratif au Royaume-Uni, ce qui lui ouvrait les portes de la réinstallation. Elle a toutefois choisi de retourner au Kenya. Lorsqu’on lui a demandé comment elle avait pris cette décision, elle a répondu :

« Une chose dont j’étais certaine en grandissant, c’est que je voulais être un exemple pour quelqu’un. Je voulais donner en retour. Je sais qu’on peut le faire de n’importe où, mais je voulais être là pour servir d’exemple et de guide. Je savais pertinemment que j’étais destinée à revenir et à rendre service à ma communauté. »

L’incertitude régnait quant à la possibilité de trouver un emploi à son retour, mais elle était déterminée à ne pas rester à l’étranger et à disparaître complètement. Elle voulait rentrer malgré le fait que cela lui vaudrait d’être qualifiée de « réfugiée ». Elle était consciente des conséquences, mais elle était résolue à revenir et à y faire face. En fin de compte, c’était chez elle et elle voulait avoir un impact concret sur sa communauté. Elle voulait contribuer et faire partie des solutions élaborées par les communautés.

Andhira poursuit ses séances de mentorat depuis son retour au Kenya, partageant son expérience avec les jeunes filles de Kakuma et les éclairant sur les vastes possibilités qui existent. Elle les oriente activement vers les diverses opportunités qui sont disponibles en ligne.

La collaboration avec le projet DREEM et les bourses d’études offertes par le programme de bourses de la Fondation Mastercard sont quelques-unes des perspectives qu’elle évoque fréquemment. Le programme de bourses d’études vise à ce que 100 000 étudiantes et étudiants africains obtiennent un diplôme d’études postsecondaires d’ici 2030. Parmi ces bourses, 25 % sont destinées aux jeunes personnes réfugiées et déplacées. Le programme vise également à offrir 70 % de ces bourses à des filles. En dirigeant le travail du programme de bourses d’études de DREEM, elle peut partager la possibilité qui a changé sa vie avec de nombreuses autres filles, non seulement à Kakuma, mais dans tout le Kenya et sur le continent africain. Grâce à ses efforts, trois jeunes filles se sont inscrites à l’Université internationale des États-Unis pour l’Afrique (USIU Africa) pour y suivre des études supérieures, et elle continue d’en guider d’autres, leur présentant d’autres occasions qui ne sont pas nécessairement liées à la réinstallation.

En cette Journée internationale de la fille, le message d’Andhira aux jeunes réfugiées et à la communauté entière est simple :

« Tout est possible, malgré les difficultés que vous rencontrez, ayez confiance en vous et n’ayez pas peur de poser des questions. À la communauté : si nous voulons un changement réel et à long terme, les filles doivent avoir la possibilité de s’exprimer et de faire valoir leurs talents. »

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