Crédit photo : Lorenzo Moscia
Crédit photo : Lorenzo Moscia

Comment la radio agit comme un outil d’éducation pour aider les filles à continuer à apprendre pendant la pandémie de COVID-19

Risque pour l’éducation et la sécurité des filles pendant la COVID-19

La pandémie de COVID-19 a entraîné un confinement généralisé et des fermetures d’écoles dans le monde entier, y compris au Kenya, où plus de 2 000 cas de COVID-19 ont été confirmés.

Dans un pays où 1,2 million d’enfants en âge de fréquenter l’école primaire n’étaient déjà pas scolarisé.e.s avant que la crise ne frappe, ces fermetures risquent d’exacerber la vulnérabilité des élèves. Les fermetures d’écoles peuvent également accentuer les inégalités en matière d’éducation, accroître le stress et les traumatismes des enfants vulnérables, contribuer à des échecs d’apprentissage et avoir des effets néfastes durables sur le bien-être des enfants.

Les conséquences seront plus dévastatrices pour les élèves marginalisé.e.s, tels que les filles des communautés pauvres et rurales, les personnes réfugiées et les enfants handicapé.e.s. Le Kenya abrite plus de 491 000 personnes réfugiées, dont la majorité se trouve dans le camp de personnes réfugiées de Kakuma, dans le comté de Turkana, et dans le camp de personnes réfugiées de Dadaab, dans le comté de Garissa. Les perturbations scolaires peuvent avoir de graves répercussions sur la vie de milliers de jeunes réfugié.e.s, dont beaucoup reçoivent déjà un soutien scolaire inadéquat. Par exemple, le comté de Turkana se classe 45e sur les 47 comtés du Kenya en ce qui concerne les résultats scolaires au niveau primaire.

Les fermetures d’écoles et les mesures de confinement font courir un grand risque aux jeunes femmes en particulier, qui font partie des populations les plus vulnérables lors de crises telles que les pandémies. Il existe des preuves solides que les situations d’urgence entraînent une augmentation significative de la violence fondée sur le genre (VBG) et des taux accrus de mariages précoces et forcés, de grossesses non désirées, un fardeau plus lourd des soins et du travail domestique et d’abandon scolaire. L’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest a montré que les filles étaient plus susceptibles d’être contraintes à des relations sexuelles transactionnelles qu’avant l’épidémie et moins susceptibles de retourner à l’école une fois qu’elle était rouverte. Les jeunes femmes déplacées sont confrontées à une double discrimination en raison des pressions sociales et économiques supplémentaires qui pèsent sur les familles de personnes réfugiées.

La radio comme outil de réponse de grande portée et facilement accessible

Afin de continuer à offrir un enseignement pendant la fermeture des écoles, le ministère de l’Éducation kenyan utilise la radio pour distribuer des contenus éducatifs développés par l’Institut kenyan de développement des programmes scolaires.

La radio est l’approche privilégiée par le gouvernement du Kenya et de nombreux autres gouvernements, car elle est peu coûteuse et a une large portée. C’est également un format attrayant, avec de nombreux nouveaux modèles développés pour favoriser un meilleur flux d’informations dans les deux sens entre les diffuseurs et les auditrices et auditeurs de la radio.

La radio a déjà fait ses preuves en tant qu’outil efficace de communication et de sensibilisation aux changements de comportement de masse sur des faits liés à la COVID-19, tels que l’importance du lavage des mains, de la distanciation sociale et du port du masque. Ceci est particulièrement important dans les contextes de populations réfugiées, où il y a un besoin urgent de fournir des informations culturellement pertinentes dans plusieurs langues.

La radio est également plus accessible pour la majorité de la population, par rapport aux autres options de haute technologie qui reposent sur les téléphones intelligents, les ordinateurs et la connectivité Internet.  Même avant le début de la pandémie, l’auditoire de la radio était en augmentation dans certaines des régions les plus difficiles à atteindre du Kenya. Elle peut constituer un solide complément à d’autres solutions éducatives de faible technicité, comme l’apprentissage par SMS, que l’EUMC a mis en place dans les camps de personnes réfugiées en partenariat avec Eneza Education, pour améliorer les résultats d’apprentissage des élèves de la 7e à la 9e année.

Comment l’EUMC utilise la radio dans ses programmes éducatifs au Kenya 

Avec le financement de deux initiatives éducatives du Défi de l’éducation des filles du DFID et d’Affaires mondiales Canada, l’EUMC travaille avec les élèves des camps de personnes réfugiées de Kakuma et de Dadaab et les communautés d’accueil environnantes au Kenya pour améliorer la qualité de l’éducation tout en s’attaquant aux obstacles sociaux et économiques qui en limitent l’accès, en particulier pour les filles et les jeunes femmes. Nous travaillons avec les élèves, les enseignant.e.s, leurs familles et leurs communautés afin de créer un écosystème éducatif plus solide.

Les programmes radiophoniques sont l’un des moyens par lesquels nous engageons la communauté. En collaboration avec la Africa Voices Foundation, nous encourageons un changement social et comportemental positif par l’entremise de sessions radiophoniques interactives sur la valeur de l’éducation des filles et l’égalité des genres.

Ces dernières semaines, nous avons mobilisé notre réseau existant de diffuseurs et de programmes radio pour répondre au contexte difficile présenté par la pandémie de COVID-19.

Nous avons également élargi notre programmation d’autres façons pour aider les élèves et les familles à faire face à la situation, par exemple en augmentant la portée et l’importance des transferts d’argent et en promouvant la fourniture d’un support d’apprentissage par SMS Eneza.

Adapter les programmes radio pour sensibiliser à l’impact de l’éducation des filles pendant la COVID-19

Nous travaillons avec la Africa Voices Foundation pour diffuser des messages relatifs à la COVID-19. Nous développons également du contenu pour sensibiliser aux principaux obstacles à l’éducation et au bien-être des jeunes femmes pendant cette période. Grâce à ces sessions radio, l’EUMC et la Africa Voices Foundation amplifieront les voix et les expériences uniques des femmes et des filles pour s’assurer que leurs voix restent au centre de nos programmes.

Par cette initiative, nous contribuons également à la prévention de la violence fondée sur le genre et aux efforts de protection de l’enfance ; nous engageons les enseignant.e.s dans la promotion de l’apprentissage à distance ; et nous aidons les parents à offrir un environnement d’apprentissage optimal à leurs enfants. Compte tenu de la possibilité qu’offrent les crises de susciter des changements transformateurs, les programmes radio continueront à inclure des messages sur les normes inéquitables entre les genres, les croyances et comportements discriminatoires et les pratiques néfastes susceptibles d’avoir un impact sur le bien-être des filles, dans un effort pour créer une « nouvelle normalité » plus inclusive pour les filles au Kenya. En raison de la nature délicate de certains de ces sujets, l’EUMC veillera à ce que l’information soit diffusée d’une manière qui n’augmentera pas la propagation de la COVID-19, en décourageant les groupes d’écoute par exemple, ou le risque de violence et d’abus, en protégeant les identités et les histoires personnelles. Nous avons également pris soin de concevoir les messages de manière à montrer un soutien aux victimes et aux militant.e.s et à éviter d’accroître la stigmatisation sociale.

L’EUMC, la Africa’s Voices Foundation et nos autres partenaires locaux ont travaillé ensemble pour co-créer le contenu des programmes radio et s’assurer qu’il est précis et pertinent pour la communauté. Les dix sessions radio couvriront les sujets suivants :

Éducation à la maison

  • L’importance de continuer à apprendre pendant la pandémie et la manière dont les parents et les responsables peuvent continuer à soutenir l’éducation des filles et des garçons à la maison ;
  • Comment les parents peuvent parler de la COVID-19 à leurs enfants et les motiver à poursuivre leur éducation à la maison.

Égalité des genres et violence fondée sur le genre

  • Comment partager la charge accrue des tâches domestiques entre les garçons et les filles, en veillant à ce que les uns et les autres puissent continuer à apprendre tout en restant à la maison ;
  • L’impact différentiel de la COVID-19 sur les femmes et les filles — en mettant l’accent sur les moyens de subsistance, les tensions économiques et les mécanismes d’adaptation négatifs ;
  • Les effets de la COVID-19 sur les mariages précoces et forcés et les grossesses adolescentes ;
  • Le risque accru de violence fondée sur le genre, le rôle de la communauté dans la prévention de la violence fondée sur le genre, et des informations sur les voies d’orientation en matière de violence fondée sur le genre et les services qui sont encore disponibles/opérationnels.

Protection des enfants

  • Le rôle de la famille et de la communauté pour faire en sorte que le foyer soit un espace sûr ; prévenir la violence à l’égard des enfants ;
  • L’effet du confinement sur la santé et le bien-être des enfants ; de quel soutien les familles ont-elles besoin pour assurer efficacement la sécurité des enfants ainsi que l’apprentissage à la maison ?

Chacun de ces programmes comprendra des conseils pratiques pour les élèves et leurs familles, y compris l’accès à des spécialistes de l’éducation. Par exemple, des enseignant.e.s seront disponibles pour répondre aux questions des parents sur le contenu éducatif ; des animateurs radio fourniront des informations sur la programmation radio du Kenya Institute of Curriculum Development, les outils d’apprentissage par SMS et d’autres options EdTech ; et des spécialistes de la protection et des prestataires de services partageront leurs options pour signaler des actes de violence et solliciter des services de santé et de soutien.

Bien qu’une plateforme de communication, comme la radio, puisse être un outil puissant pour diffuser des messages importants, nous voulons nous assurer que nous pouvons continuer à adapter nos programmes pour répondre à l’évolution des besoins. L’EUMC et la Africa Voices Foundation continueront à identifier les nouveaux risques et défis pour l’éducation des filles à Kakuma et Dadaab en utilisant l’approche de communication bidirectionnelle de la l’Africa Voices Foundation. Cette dernière diffusera des programmes radio avec des options de SMS et d’appel sans frais afin que les membres de la communauté puissent participer activement aux discussions sur les ondes. Le contenu de ces appels et messages pourra être analysé ultérieurement à l’aide d’un cadre unique d’analyse des données afin de mieux comprendre l’évolution de la situation et d’ajuster les messages en fonction des besoins. Ces mécanismes de rétroaction continue permettent à l’EUMC et à l’African Voices Foundation de mieux s’assurer que nos messages restent pertinents par rapport à l’évolution de la situation, tout en continuant à bâtir une relation de confiance avec la communauté.

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