Amman Bus Station
Lorsqu’il s’agit d’accéder à des moyens de transport sûrs et abordables en Jordanie, les femmes sont touchées de façon disproportionnée.

Transporter les femmes vers l’emploi : des défis et des opportunités dans le secteur des transports en Jordanie

Un nouveau rapport sur la création et la mise en œuvre de politiques inclusives pour les femmes dans le secteur des transports à partir de l’initiative de l’EUMC sur l’autonomisation économique des femmes en Jordanie.

Par : Emilie MacIsaac, agente de programme, EUMC

Alors que les Jordaniens se rendent au travail, on entend la voix du célèbre chanteur Fairuz résonner à travers les devantures ouvertes des magasins et les vitres baissées des voitures. De longues files de voitures et de taxis imbriqués les uns dans les autres restent immobiles dans les rues, les chauffeurs et leurs passagers prévoyant une autre arrivée tardive au bureau. Pour de nombreux travailleurs, cette circulation aux heures de pointe est la partie la plus accablante de leur trajet quotidien. Mais pour les Jordaniennes, ce n’est qu’un des nombreux obstacles qu’elles rencontrent pour se rendre au travail et en revenir.

Amman Bus Station

Lorsqu’il s’agit d’accéder à des moyens de transport sûrs et abordables en Jordanie, les femmes sont touchées de façon disproportionnée.

Lorsqu’il s’agit d’accéder à des moyens de transport sûrs et abordables en Jordanie, les femmes sont touchées de façon disproportionnée. Les transports publics se caractérisent par des coûts élevés, des préoccupations en matière de sécurité, un manque de fiabilité des services d’autobus et de longs temps de déplacement. Mais le transport privé est moins susceptible de profiter aux femmes. Comme les responsabilités domestiques ont tendance à leur incomber, la priorité pour se rendre au travail en voiture revient généralement aux hommes.

Les femmes sont également plus susceptibles de gagner un salaire inférieur à celui des hommes, ce qui rend les options de transport en commun relativement plus coûteuses pour elles, surtout si elles doivent faire des arrêts supplémentaires pour déposer leurs jeunes enfants à la garderie. Au-delà des préoccupations financières, les transports publics sont perçus par de nombreux Jordaniens comme un espace inadéquat pour les femmes en raison de la possibilité d’un comportement inapproprié des chauffeurs, des collecteurs et des passagers. Dans de nombreuses régions, on s’attend à ce que les femmes ne se retrouvent pas seules dans un espace public après la tombée de la nuit, ce qui peut être difficile à éviter après un long trajet et avec des horaires d’autobus irréguliers.

Les Jordaniennes sont confrontées à un dilemme : elles sont de plus en plus encouragées à entrer sur le marché du travail pour contribuer à leur revenu familial, mais se rendre au travail et en revenir demeure un défi important. L’état actuel des services de transport représente un obstacle majeur à la participation économique des femmes dans le pays. Les Jordaniennes sont parmi les plus instruites de la région, avec des taux élevés de scolarisation et d’alphabétisation. Toutefois, le pays a le taux de participation économique des femmes le plus faible de la région, avec seulement 14 % des femmes qui travaillent ou sont à la recherche d’un emploi.

L’un des principaux objectifs de notre travail en Jordanie est d’améliorer l’accès des femmes à un transport sûr et abordable. Notre rapport « Transporter les femmes vers l’emploi » (en anglais seulement) s’appuie sur des recherches menées à Irbid, Salt et East Amman en 2017 et 2018. Il présente nos principales conclusions et recommandations en matière de politique sur une question qui est très rarement présentée sous l’angle de l’égalité des genres. Cette considération est essentielle pour promouvoir l’égalité entre les genres sur le marché du travail et dans tous les autres domaines de la société.

Notre rapport propose diverses mesures que les principaux acteurs gouvernementaux du secteur des transports jordanien peuvent prendre pour surmonter ces obstacles. Voici quelques-unes de ces suggestions :

  • faire de l’égalité des genres un pilier politique dans toutes les futures stratégies nationales de transport ;
  • soutenir davantage la recherche sur les questions liées au genre ;
  • recueillir davantage de données ventilées par genre sur les habitudes et les choix de déplacements ;
  • créer des normes de sécurité qui comprennent des formations obligatoires pour les chauffeurs d’autobus, les collecteurs et les chauffeurs de taxi sur la prévention et le traitement des cas de discrimination et de harcèlement sexuel à bord de leurs véhicules ;
  • adapter les circuits d’autobus pour mettre l’accent sur la sécurité et l’inclusion sociale, et ;
  • créer des comités chargés de consulter les membres de la communauté sur leurs diverses expériences et adapter en conséquence l’élaboration des politiques.

L’intégration de ces recommandations par les autorités gouvernementales dans les stratégies et plans nationaux ne peut que se traduire par des systèmes de transport plus efficaces et plus inclusifs pour tout le monde.

Cette recherche a également été utile à nos activités de programmation. Notre travail a soutenu la Société nationale de formation professionnelle (VTC) en Jordanie pour s’assurer que toutes les étudiantes et tous les étudiants reçoivent des allocations de transport afin d’alléger le fardeau financier pour se rendre à leurs cours et en revenir. Dans l’avenir, nous prévoyons coordonner nos efforts avec les services de taxis existants afin d’explorer des options de covoiturage sûres et abordables pour les femmes vivant loin des principaux circuits d’autobus. En collaboration avec divers acteurs des secteurs privé et public, nous continuerons d’appuyer les efforts nationaux et communautaires visant à améliorer l’accès des femmes aux transports afin de garantir leur liberté de déplacement et leur capacité de participer à la vie économique et sociale de leur communauté.

Le rapport « Transporter les femmes vers l’emploi » (en anglais seulement) a été rendu possible grâce au soutien financier du projet Takamol de l’USAID en Jordanie. Le travail de l’EUMC vers une plus grande autonomisation économique des femmes en Jordanie est financé par Affaires mondiales Canada et géré en partenariat avec Canadian Leaders in International Consulting (CLIC).  

Favicon

Abonnez-vous à notre infolettre