From Higher Education to Employment for Displaced Youth in Africa

Un pont vers l’avenir : De l’enseignement postsecondaire à l’emploi pour les jeunes déplacé.e.s en Afrique

De juillet à septembre 2019, l’EUMC a été mandatée par la Fondation Mastercard pour mener des recherches sur les initiatives et les programmes de transition qui aident les jeunes déplacé.e.s, y compris les personnes réfugiées et déplacées internes (PDI) en Afrique subsaharienne à obtenir un diplôme universitaire ou un emploi après leurs études. Cette étude cartographique, Un pont vers l’avenir : De l’enseignement postsecondaire à l’emploi des jeunes déplacé.e.s en Afrique est le résultat de cette recherche. L’étude cartographique est basée sur le Kenya, l’Ouganda, l’Éthiopie et le Nigeria, et centrée sur les voix et les perspectives des jeunes déplacé.e.s dans le but de guider les futurs programmes du Programme des bourses de la fondation Mastercard.

L’étude cartographique met en lumière un certain nombre d’initiatives remarquables à travers l’Afrique subsaharienne et soulève de nouvelles perspectives sur la relation complexe entre le déplacement, l’éducation, l’emploi postuniversitaire et les cadres juridiques et politiques qui influent sur l’accès des jeunes déplacé.e.s.

L’éducation ne peut à elle seule résoudre les nombreux défis et obstacles auxquels sont confrontés les jeunes déplacé.e.s. Ces défis sont complexes et multidimensionnels. Les obstacles sont liés aux politiques, à la volonté politique et aux cadres juridiques, ainsi qu’à la pauvreté et à l’affaiblissement des capacités des institutions. Malgré tous ces défis, l’éducation continue d’être une lueur d’espoir pour les personnes déplacées dans le monde entier. C’est particulièrement vrai pour les personnes réfugiées, car l’éducation leur fournit les connaissances et les compétences qui les aideront dans la vie, qu’elles se réinstallent dans un pays tiers, soient intégrées localement ou retournent dans leur pays ou communauté d’origine. Un participant à un groupe de discussion a dit : « J’ai la conviction que je ne serai pas un réfugié pour toujours… J’ai besoin de compétences pour rentrer chez moi un jour où il y aura la paix. »

L’enseignement postsecondaire peut avoir des retombées sociales et économiques importantes dans les contextes de déplacement, en donnant aux jeunes la reconnaissance de leurs compétences et en les mettant en contact avec les ressources et les réseaux qui leur permettront de réussir. Lorsqu’il existe une masse critique de possibilités d’enseignement supérieur pour les jeunes déplacé.e.s, elles constituent un « facteur d’attraction » important pour les étudiant.e.s des classes inférieures, les encourageant à surmonter les nombreux obstacles auxquels elles/ils sont confronté.e.s pour rester à l’école. Toutefois, les établissements d’enseignement postsecondaire doivent continuer à être perçus comme pertinents, de grande qualité et liés à des possibilités d’emploi intéressantes. Comme l’a dit un jeune : « L’éducation est ce qui vous prépare à gagner votre vie. » Cependant, les jeunes déplacé.e.s ont également souligné que même avec des diplômes d’études postsecondaires, elles/ils ont du mal à trouver un emploi et à accéder aux opportunités économiques.

Alors que le nombre de crises prolongées augmente, il est plus important que jamais d’offrir espoir et soutien aux jeunes déplacé.e.s en leur offrant des possibilités d’éducation de haute qualité avec des qualifications reconnues qui contribuent à des opportunités économiques et sociales significatives. Voici un aperçu général des principales conclusions de l’étude cartographique.

L’éducation et l’emploi sont inextricablement liés

Les jeunes déplacé.e.s ont souvent dit que leurs aspirations en matière d’éducation et d’emploi étaient liées entre elles. Les jeunes estimaient que la plupart des possibilités d’éducation postsecondaire n’étaient pas suffisamment liées aux possibilités d’emploi. Elles/Ils s’inquiétaient également du coût des opportunités d’éducation postsecondaire lorsque les perspectives d’emploi n’étaient pas claires. Un jeune a dit : « Il n’y a rien à faire une fois qu’on a reçu une éducation. Quel est le but ? » Pour relever ce défi, il faut collaborer avec les établissements d’enseignement postsecondaire afin d’améliorer la pertinence de l’enseignement par rapport aux perspectives du marché du travail et aux liens avec les employeurs. Cela nécessite également des changements structurels aux cadres juridiques concernant le droit au travail des personnes réfugiées.

L’enseignement supérieur pour les jeunes déplacés a un « problème de filière ».

Les jeunes déplacé.e.s se heurtent à d’importants obstacles pour accéder à l’enseignement secondaire, en particulier les filles et les jeunes femmes. Le coût d’opportunité de l’éducation augmente également à mesure que les jeunes vieillissent. En conséquence, de nombreuses jeunes personnes réfugiées ne terminent jamais leurs études secondaires. Cela réduit considérablement le nombre d’étudiant.e.s déplacé.e.s (en particulier les filles et les jeunes femmes) qui sont en mesure de faire la transition vers l’éducation postsecondaire. Le travail pour retenir les élèves déplacé.e.s à l’école doit commencer aux niveaux inférieurs afin que les « programmes de filière » puissent aider les jeunes déplacé.e.s, surtout les filles et les jeunes femmes, à accéder et réussir dans le système d’éducation conventionnel du primaire au secondaire et au-delà.

Les jeunes déplacé.e.s souhaitent être mieux informé.e.s des opportunités qui s’offrent à elles/eux.

Les jeunes déplacé.e.s ont souligné les difficultés d’accès à l’éducation et aux possibilités d’emploi en raison du manque d’information. Les réseaux sociaux dans les communautés de personnes réfugiées et déplacées sont actifs, en particulier dans les contextes de camps insulaires. Cependant, l’information est souvent déformée par ces réseaux informels, et les jeunes déplacé.e.s n’ont pas d’endroit où aller pour vérifier l’information, comme les conditions d’admissibilité aux programmes de bourses. La désinformation abonde et les jeunes déplacé.e.s choisissent souvent de ne pas saisir les occasions qui s’offrent parce qu’elles/ils n’ont pas les bons renseignements (p. ex. en croyant qu’elles/ils ne sont pas admissibles en raison de leur statut). Dans le cadre de cette étude, toutes les personnes qui ont participé aux groupes de discussion ont demandé à en recevoir les résultats. Elles/Ils souhaitent vivement obtenir des renseignements exacts sur les programmes et les initiatives où elles/ils vivent, ainsi que sur ce qui se passe dans d’autres pays et contextes.

Inadéquation de l’offre et de la demande

Il existe d’importants obstacles du côté de la demande et de l’offre pour l’emploi des jeunes déplacé.e.s. Même dans les pays où les personnes réfugiées ont le droit légal de travailler, les employeurs ne sont souvent pas au courant de ces droits, ont des préjugés face à l’embauche des personnes déplacées, ou ne comprennent pas le processus. Du côté de l’offre, le nombre d’étudiant.e.s déplacé.e.s en mesure de terminer leurs études postsecondaires est extrêmement faible et les compétences que les jeunes déplacé.e.s apportent à la table sont souvent non reconnues ou mal adaptées aux besoins du marché du travail. Il est toujours difficile d’offrir des emplois intéressants aux jeunes déplacé.e.s – un problème particulièrement criant lorsqu’il s’agit d’organisations non gouvernementales (ONG) et d’autres institutions au service des populations déplacées.

Les jeunes déplacé.e.s ont besoin d’expériences pratiques en matière d’emploi

Les jeunes déplacé.e.s ont besoin de plus de soutien pour se préparer et accéder à des possibilités d’emploi intéressantes. Il s’agit notamment de savoir comment concourir pour profiter des opportunités et comment accéder aux occasions de bénévolat et de travail rémunéré pendant les études et après l’obtention du diplôme. Les établissements d’enseignement postsecondaire doivent collaborer de façon plus significative avec les employeurs en mettant en œuvre des programmes qui appuient l’apprentissage en cours d’emploi, comme les stages et les programmes coopératifs. C’est particulièrement vrai pour les jeunes déplacé.e.s qui peuvent avoir de la difficulté à entrer en contact avec des employeurs qui n’ont jamais travaillé avec des jeunes déplacé.e.s. Les programmes les plus bénéfiques sont ceux qui offrent un mentorat direct aux jeunes. Cela aide à les préparer et à les guider pour le travail, ainsi qu’à assurer la liaison directe avec les employeurs afin de leur ouvrir de nouvelles possibilités.

L’éducation du public et la défense des droits sont nécessaires

Presque toutes les personnes ayant participé à la recherche sur les jeunes réfugié.e.s croient qu’il est nécessaire de sensibiliser davantage le public et de défendre les droits des personnes réfugiées afin de favoriser leur inclusion dans les sociétés d’accueil. Les personnes réfugiées veulent que le public soit informé et sensibilisé sur les jeunes déplacé.e.s et leurs expériences, ainsi que sur les droits des personnes réfugiées et sur la façon dont les politiques d’inclusion fonctionnent dans la pratique. Les personnes réfugiées veulent que les grands bailleurs de fonds et les grandes organisations défendent leurs droits légaux, tant dans les politiques que dans la pratique, et pas seulement dans les cadres existants.

Les défis auxquels sont confrontées les personnes réfugiées et les communautés d’accueil sont similaires

Le manque d’opportunités d’éducation et d’emploi de qualité est un fléau aussi bien pour les personnes réfugiées que pour les communautés d’accueil ; de nombreuses personnes réfugiées sont accueillies dans des zones qui ont toujours été défavorisées et ont connu un sous-investissement dans les systèmes d’éducation. Toutes les interventions doivent inclure un soutien à l’intégration pour renforcer les relations entre la communauté d’accueil et les personnes réfugiées. Les jeunes réfugié.e.s étaient fermement convaincu.e.s qu’il fallait offrir des possibilités et des voies d’accès aux jeunes de la région ainsi qu’aux jeunes déplacé.e.s. Bien que les interventions qui ciblent spécifiquement les personnes réfugiées soient importantes, les jeunes déplacé.e.s veulent simplement être inclus.e.s dans les systèmes nationaux existants et être admissibles aux possibilités et aux programmes existants.

Les jeunes déplacé.e.s redonnent à leur communauté

Un thème commun à toutes les discussions avec les jeunes déplacé.e.s était qu’elles/ils cherchaient à prendre la parole et à créer des opportunités pour d’autres jeunes déplacé.e.s, en particulier pour les « laissés-pour-compte ». Il existe de nombreuses organisations communautaires dirigées par des personnes réfugiées qui travaillent à soutenir l’éducation et l’emploi des personnes réfugiées et déplacées à l’intérieur du pays. Un jeune a dit que « les bailleurs de fonds négligent le pouvoir des personnes réfugiées et la façon dont nous partageons déjà notre travail et collaborons ». Offrir du financement et un soutien en matière de capacité aux initiatives communautaires et travailler avec les projets locaux existants peut avoir le plus grand impact direct pour les jeunes déplacé.e.s. Les jeunes déplacé.e.s veulent continuer à trouver des moyens de donner en retour, peu importe où leurs études ou leurs opportunités les mènent. Comme l’a fait remarquer un jeune réfugié : « Je ne veux pas oublier d’où je viens. Je serai toujours une voix pour les personnes réfugiées. »

Les jeunes déplacés veulent prendre part aux discussions

Les jeunes déplacé.e.s sont les expert.e.s de leurs propres vies et de leurs expériences. Elles/Ils sont les mieux placé.e.s pour élaborer et concevoir des solutions qui créent des possibilités pour d’autres jeunes déplacé.e.s. Tout au long de cette étude, les personnes réfugiées et déplacées ont clairement indiqué qu’elles souhaitaient être incluses dans la conception des programmes et des interventions. Les jeunes déplacé.e.s veulent aussi entendre leur propre voix se refléter davantage dans la recherche, incluant la façon dont la recherche est menée et par qui.

Des investissements à long terme dans l’éducation sont nécessaires, y compris des solutions élaborées localement

Il est difficile d’élaborer des programmes d’éducation durables, adaptés au contexte et évolutifs pour les jeunes déplacé.e.s, à la fois en raison des obstacles structurels auxquels elles/ils sont confrontés et des contraintes auxquelles sont confrontés les donateurs, les ONG et les autres parties prenantes. Les programmes à court terme et fragmentaires peuvent avoir des effets dévastateurs sur la vie des jeunes déplacé.e.s et en ont incité plusieurs à lancer leurs propres initiatives. Comme l’a dit un des jeunes : « Nous avons vu un besoin et le taux d’abandon de la communauté internationale et nous devions y répondre ». Les organisations dirigées par des personnes réfugiées peuvent offrir des solutions durables. Avec un soutien et un renforcement des capacités cohérents, elles peuvent être adaptées et élargies.

Cliquez ici pour lire le rapport intégral*

*Le rapport intégral n’est disponible qu’en anglais.

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